Cerveau et subjectivité en Addictologie

Par sebastien chary dans Actualités Newsletter - CQFPSY Synthèse Thématique

Brain, Mind & Soul : l’Addictologie partage avec la Psychiatrie un intérêt pour les connaissances sur le cerveau et sur la subjectivité. D’où le grand écart dans ces deux disciplines entre sciences fondamentales et l’art subtil des approches thérapeutiques interpersonnelles. Beaucoup de communications au CFP 2018 tentent de mieux articuler ces champs de connaissances. Point commun à la prise en charge des addictions avec ou sans substance, l’empathie, dimension indispensable à la prise en charge des addictions. Elle nécessite réflexion sur soi, permet une mise à distance critique et de mieux prévenir le burn out (S17).

Alcoolodépendance : vulnérabilité neurobiologique, cognitions et avancées thérapeutiques

La connaissance des facteurs de vulnérabilité et des modes évolutifs des addictions permet au clinicien de mieux comprendre et par conséquent de mieux soigner ses patients du fait d’approches diagnostiques et thérapeutiques plus rigoureuses. Les fondamentalistes ont besoin de comprendre les problématiques quotidiennes des cliniciens pour les modéliser. Une rencontre avec l’expert portera sur ce thème : que peuvent attendre les cliniciens des neurobiologistes ? Que peuvent attendre les neurobiologistes des cliniciens en Alcoologie en 2018 (R03). Un exemple de dialogue chercheurs/cliniciens est le symposium sur la vulnérabilité cognitive (S23). Il évoquera les différences dans certaines régions cérébrales visibles en imagerie chez les sujets apparentés de patients alcoolodépendants, ayant subi des traumatismes infantiles par rapport à ceux qui n’en n’ont pas subi (S23A). De nouvelles techniques thérapeutiques seront également présentées, en particulier de remédiation cognitive (S23B), de stimulation magnétique transcrânienne répétitive (rTMS) et de stimulation transcrânienne à courant continu (tDCS) (S23C).

Le baclofène vient d’obtenir son autorisation de mise sur le marché par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) dans l’indication de la réduction de la consommation d’alcool des patients alcoolodépendants, sans dépasser 80 mg/jour. Cette autorisation arrive après de nombreuses controverses. Le comité scientifique spécialisé temporaire (CSST) mis en place par l’ANSM avait conclu à un rapport bénéfice risque négatif du baclofène. Plusieurs méta-analyses des études contrôlées et randomisées en double-aveugle ont retrouvé une efficacité du baclofène sur la consommation excessive d’alcool, avec quelques réserves sur la tolérance à fortes doses, concluant à la nécessité d’études complémentaires avant une utilisation large du baclofène dans l’alcoolodépendance (Pierce et al. 2018; Rose et al. 2018). Ces conclusions contrastent avec l’expérience clinique de nombreux praticiens. Un débat sur le cadre juridique du baclofène et autres traitements de l’alcoolodépendance « entre enjeux scientifiques et sociétaux » sera donc tout à fait d’actualité au CFP (D10).

Innovations pour les patients dépendants de la cocaïne

Il n’existe malheureusement pas aujourd’hui de traitement pharmacologique ayant fait la preuve de son efficacité sur de grands nombres de patients présentant une dépendance à la cocaïne. Les expériences de psychothérapie comportementales et cognitives en groupe, en particulier les thérapies émotionnelles de prévention de rechute en 9 séances (S02A), de rTMS, de tDCS (S02B) et de stimulation cérébrale profonde à haute fréquence du noyau sous-thalamique (S02C) seront donc tout à fait intéressantes à connaître pour le traitement des patients dépendants de la cocaïne ou au crack.

Addictions sans substances : des connaissances qui se structurent

  • Addictions aux jeux vidéo

De plus en plus d’études abordent les aspects épidémiologiques, cliniques, et thérapeutiques des addictions comportementales. Le trouble addiction aux jeux vidéo (Gaming Disorder) est apparu dans la Classification Internationale des Maladies ICD-11 de l’OMS. Il est défini comme un comportement persistant ou récurrent de jeu digital ou vidéo online (Internet) ou non, durant au moins 12 mois, entrainant une gêne significative et caractérisé par des difficultés à contrôler le comportement de jeu (début, fréquence, intensité, initiation, fin et contexte), la priorité donnée aux activités de jeu, de plus en plus au détriment des autres intérêts et des activités quotidiennes et la poursuite ou l’augmentation des activités de jeu malgré la survenue de conséquences négatives. L’inclusion de l’addiction aux jeux vidéo sera discutée dans un symposium (S09), d’un point de vue clinique, (S09B) et thérapeutique (S09C), sans médicaliser ce qui ne devrait pas l’être. Comme pour l’alcool et le tabac, les stratégies des acteurs de l’industrie du jeu et des loisirs sont très élaborées pour « accrocher » les utilisateurs : gratuité des réseaux sociaux, données collectées sur les utilisateurs, profilage des utilisateurs (S09A)… Ces stratégies sont utiles à connaitre pour élaborer un contre marketing à visée préventive.

  • Addictions aux réseaux sociaux

Parmi les addictions à Internet, les addictions aux réseaux sociaux sont de plus en plus décrites. La peur constante de manquer quelque chose sur ses réseaux sociaux et relationnels sur Internet ou fear of missing out (FOMO) pourrait en être une composante essentielle, comparable au craving des addictions avec substances (FA16A).

  • Jeu pathologique :

L’influence du marketing sur les comportements de jeu est majeur, en particulier chez les sujets jeunes et les joueurs problématiques. Il favorise l’initiation et les usages problématiques. Aujourd’hui, la prévention est limitée, il n’y a notamment pas de réglementation en France, alors que les moyens alloués au marketing sont colossaux (S05A). La subjectivité des patients dépendants aux jeux de hasard et d’argent sera interrogée dans un symposium, sous l’angle du sens que les patients donnent à leur vie (S05B) et sous l’angle de l’impact que le jeu pathologique a sur leur vie subjective, tout particulièrement les sentiments de solitude, d’incompréhension et l’évitement de la relation d’aide (S05C).

  • Addiction à l’alimentation

L’addiction à l’alimentation devient une entité clinique, avec de nombreux chevauchements avec les autres addictions, notamment un craving marqué (S29A). Elle est caractérisée des comorbidités fréquentes, notamment de TDAH dont la prévalence chez sujets obèses peut atteindre 27 % (S29C).

Alain Dervaux,
Amiens