Favoriser l’observance dans la dépression

Par CQFPsy dans Actualités Newsletter - CQFPSY

FA08 • AZUR-PSY • Thérapeutique des troubles dépressifs : des approches complexes et innovantes

Président : Xavier ZENDJIDJIAN

Nîmes
> FA08B – Psychoéducation dans la dépression unipolaire
Malick BRIKI

L’observance reste l’un des enjeux majeurs de la prise en charge des patients déprimés, qu’il s’agisse des traitements médicamenteux ou des traitement psychothérapiques. Une meilleure connaissance de la maladie et des enjeux du traitement, grâce à la psycho-éducation, ne peut que favoriser cette observance.

Les psychiatres n’envisagent plus aujourd’hui de prendre en charge un patient sans l’informer sur le trouble dont il souffre, les modalités thérapeutiques envisageables, et les leviers disponibles pour optimiser le pronostic évolutif de son affection, Il importe toutefois de distinguer cette attitude globale de prise en charge, non spécifique, et la psycho-éducation en tant que technique spécifique.

En effet, comme l’a rappelé M. Briki, la psycho-éducation, qu’on range dans le cadre des traitements psychologiques, repose sur des protocoles formalisés : dans cette « éducation », l’instructeur est un soignant en santé mentale, et l’étudiant est le patient. Le format de groupe paraît particulièrement adapté, non seulement car il permet une diminution du coût de la prise en charge pour la collectivité, mais surtout parce qu’il permet des interactions, actives ou passives, entre les participants, qui renforcent son efficacité. Les objectifs essentiels sont d’améliorer l’observance thérapeutique globale, de restaurer la confiance du patient quant à sa capacité à sortir de l’épisode dépressif et de gérer un nouvel épisode, et de prévenir la survenue de rechutes ultérieures. La psycho-éducation permet également, en dédramatisant la dépression et son vécu douloureux, d’améliorer la qualité de vie et le confort psychique des patients.

Les programmes de psycho-éducation dans la dépression se déroulent généralement en une dizaine de séances d’une durée d’une à deux heures. Une partie concerne les connaissances sur la dépression et ses traitements : par exemple, la connaissance des hypothèses actuelles quant aux mécanismes biologiques permet souvent aux patients de se rassurer, en les déculpabilisant sur leur rôle propre dans la survenue ou la persistance de leur épisode dépressif.

Des compétences multimodales

Au moins aussi important que les connaissances sur la maladie, le développement des compétences psychologiques que sous-tend la psycho-éducation fait appel à trois composantes : la restructuration cognitive, l’activation comportementale, et le développement des compétences sociales. Un « journal de l’humeur » permet au patient d’objectiver l’évolution de son état mental, tandis que des conseils d’hygiène de vie sont délivrés. Les techniques habituelles de thérapie cognitive sont également utilisées (analyse des biais cognitifs dysfonctionnels, stratégies cognitives de correction de ces biais).

De plus en plus, l’application pour smartphone apparaît incontournable dans les programmes de santé s’adressant aux patients, à la fois du fait de ses potentialités propres, et également du fait de l’attractivité que ce média possède.

M. Briki a présenté un protocole de recherche visant à valider le premier programme de psycho-éducation français dans la dépression, recherche actuellement en cours dans plusieurs villes française (Montpellier, Béziers, Besançon, Clermont-Ferrand, Lyon, Nice, Paris, Nancy, Limoges…). Lorsqu’ils seront connus, l’analyse des résultats de cette étude prospective sur 15 mois permettra de valider les bénéfices de l’utilisation du programme de psycho-éducation, puis par la suite d’élargir les indications de ce type de programmes aux patients atteints de troubles unipolaires de l’humeur, et de développer des stratégies favorisant la rémission et la prévention à long terme des rechutes.

Christian Spadone, Paris