Jeu pathologique sur Internet : une problématique émergente

Par admincongres dans Newsletter - CQFPSY

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La prévalence du jeu problématique est plus importante chez les joueurs sur Internet que chez les joueurs traditionnels (1). Le joueur sur Internet a beaucoup plus d’opportunités, dans un contexte de socialisation faible ou absente.

Sessions thématiques du congrès 2014 :
S16 : Ces français qui jouent, du plaisir à l’excès
S16A – Facteurs de risque et facteurs associés au jeu problématique ou pathologique sur Internet : revue de la littérature Mohamed
Ali GORSANE – Créteil
S16B – Repérage des joueurs de poker en ligne problématiques et pathologiques : évaluation transversale des joueurs du site de poker Winamax et construction d’un outil de dépistage en ligne
Amandine LUQUIENS – Villejuif
S16C – MOD&JEU : étude sur l’efficacité des modérateurs de jeu en ligne, intérêt pour prévenir les problèmes de jeu sur Internet
Julie CAILLON – Nantes

Les points forts

  • Une perte supérieure à 45 € par mois et un âge inférieur à 28 ans sont prédictifs de jeu problématique sur Internet.
  • Les modérateurs de jeu en ligne sont efficaces, mais pourraient être davantage utilisés.
Facteurs favorisant le jeu pathologique sur Internet

Mohamed-Ali Gorsane (Créteil) a rapporté les principaux résultats du baromètre santé 2010 en France : dans l’année précédant l’enquête, 12% de la population générale a joué au moins 52 fois et/ou a joué au moins 500 €. Dans une enquête sur la prévalence du e-jeu, Tovar et al. ont retrouvé dans une population de 4042 joueurs que 17% d’entre eux présentaient des caractéristiques de jeu problématique (1). Les facteurs favorisant le jeu pathologique sur Internet sont les offres promotionnelles des éditeurs de jeux, l’anonymat, le fait de pouvoir jouer discrètement, de perdre sans être vu, le fait de jouer à domicile dans un environnement familier et confortable, une vérification insuffisante de l’âge par les éditeurs de jeux en ligne. La désinhibition, favorisée par l’interactivité et des effets visuels performants créés par les éditeurs, est un élément clé. Le facteur de risque principal de jeu pathologique est le sexe masculin. Les facteurs associés sont la consommation d’alcool et de drogues.
Repérage et caractéristiques des joueurs pathologiques de poker en ligne

Amandine Luquiens (Villejuif) a présenté les résultats d’une enquête sur le risque addictif chez les joueurs en ligne. L’enquête portait sur les joueurs du site de poker Winamax. Ce site dispose de données sur chaque joueur : variables de jeu liées au calendrier (soir, week-end…), sommes engagées, nombre de sessions, temps passé à jouer et variables dynamiques, en particulier le fait qu’un joueur joue de plus en plus, ce qui correspond généralement à un indice de compulsivité. Plusieurs variables enregistrées par Winamax permettaient d’établir des scores correspondant à l’Index canadien de jeu excessif (ICJE). Parmi les 14 261 joueurs inclus, 18% (n=2563) avaient un ICJE ≥5. Les caractéristiques des joueurs problématiques étaient le sexe masculin, l’âge inférieur à 28 ans, une perte moyenne de plus de 2 € par session, une perte totale supérieure à 45 € par mois, une mise totale supérieure à 298 € et le multitabling. Le modèle prédictif regroupant ces caractéristiques était fiable, avec une sensibilité à 80%. Ces résultats sont intéressants dans une perspective de prévention des sujets à risque, notamment pour que les éditeurs de jeux ne leur envoient pas d’offres promotionnelles.
Les modérateurs de jeu en ligne sont-ils efficaces pour prévenir les problèmes de jeu sur Internet ?

En France, la loi de libéralisation des jeux en ligne, sous le contrôle de l’Autorité de Régulation des Jeux En Ligne (ARJEL, http://www.arjel.fr), a réglementé l’offre de jeux sportifs, de paris hippiques et de Poker. L’ARJEL propose des modérateurs de jeu en ligne, comprenant l’interdiction des jeux aux mineurs, l’interdiction des jeux à crédit, la limitation des bonus, des informations sur les risques du jeu excessif, des dispositifs de limitation (argent et/ou temps de jeu) par périodes de sept jours, et des informations sur les procédures d’auto-exclusion par périodes de 15 jours ou deux mois. Ces dernières ne sont utilisées que par seulement 1,2% des joueurs sur le site Bwin.
Julie Caillon (Nantes) a présenté les résultats préliminaires de l’étude MOD&JEU, randomisée contrôlée, évaluant l’efficacité des modérateurs de jeu de hasard (loteries, roulette, machines à sous) et d’argent (poker, blackjack…) sur Internet. Les résultats sur les 139 premiers sujets inclus (sur 485 prévus), joueurs aux paris hippiques, paris sportifs et poker, font apparaître que 85% d’entre eux étaient de sexe masculin, âgés en moyenne de 37 ans. Ils misaient en moyenne 6,92 € par session dont la durée était en moyenne de 80 minutes. Les bonus proposés par les éditeurs de jeu avaient un impact sur l’envie, le plaisir, la durée et la prise de risque liés aux jeux. L’impact était faible pour des bonus de 10 €, mais important pour des bonus de 100 à 200 €. Concernant les modérateurs, 56% des joueurs en connaissaient l’existence, 78% consultaient régulièrement leur compte, 66% pratiquaient l’autolimitation des mises, 23% avaient consulté les rubriques de jeu responsable. L’auto-exclusion avait un impact important, 40% des joueurs les trouvant utile, notamment parce qu’ils permettent une pause et de réfléchir et favorisent la prise de conscience du risque de jeu problématique.

Alain Dervaux,
Paris
Luc Mallet,
Paris

Références
  • Tovar ML, Costes JM, Eroukmanoff V. Les jeux d’argent et de hasard sur Internet en France en 2012. OFDT, Tendances 2013, 85: 1-6