Le lien social: une subversion contemporaine et bénéfique

Par CQFPsy dans Actualités Newsletter - CQFPSY

Depuis plusieurs années déjà, l’attention est portée sur le poids des facteurs environnementaux dans l’occurrence, les formes d’expression et le pronostic cliniques des troubles psychiques. La variété des thèmes cliniques abordés lors du CFP 2017 démontre que la place de l’individu parmi ses pairs et les formes d’interaction qu’il est en capacité de déployer avec eux s’imposent comme des dimensions clés de ces facteurs environnementaux. L’interaction sociale des individus est envisagée sous l’angle de facteurs de risque, de facteurs pronostic, comme levier thérapeutique, elle est aussi au cœur du projet de rétablissement des individus. Parallèlement, la médecine connectée s’avère un recours sérieux. Nous verrons sa pertinence dans l’exploration écologique de la sémiologie psychiatrique. Et tandis que l’on pouvait craindre que cette médecine connectée se contente de célébrer l’homme « aux qualités mesurables » voire auto-mesurables, renvoyant à la production rigide de normes sociales de performances et de comportements, nous constaterons, tout au long du Congrès, que certains chercheurs lui octroient la mission ô combien subversive de rétablir du lien entre les individus.

Points forts :
Connexion sociale et suicide : un éclairage sur les lien entre l’exclusion sociale et la vulnérabilité suicidaire, l’émergence du concept de « douleur  social » intégrer dans notre pratique clinique (R18).

Dépression et inflammation  : les leçons pour la clinique, ou comment une parenté clinique entre dépression et inflammation peut inspirer des hypothèses étiopathogéniques et des traitement nouveau (S20).
 
Comprendre, entretenir, ou réparer le lien social

C’est donc sous l’angle de la connexion sociale que la question de la vulnérabilité au suicide et les actions de prévention seront abordées (S21). La notion de rejet social comme facteur de risque suicidaire fait, depuis quelques années, l’objet de travaux de recherche passionnants qui ont permis de mettre en exergue le concept de « douleur sociale ». Il a été possible de relier l’activation de réseaux cérébraux, dont les systèmes de l’inflammation et de la douleur, à certaines situations expérimentales d’exclusion sociale. L’utilisation d’un smartphone permet de confirmer de manière écologique et instantanée les liens entre les stress psychosociaux et la survenue d’idées suicidaires. Dès lors, l’utilisation de la médecine connectée comme outil de prévention du suicide se met en place. Nous verrons quelles fonctions lui sont attribuées et quelles nécessaires réflexions éthiques vont de pair avec ces pratiques innovantes (FA27, FA14).

Pourquoi les femmes sont-elles, plus que les hommes, exposées à développer un Syndrome de stress post-traumatique alors même qu’elles sont moins fréquemment exposées à des événements potentiellement traumatiques ? Pourquoi, chez les sauveteurs, le syndrome de stress post-traumatique apparaît-il souvent en différé lorsque celui-ci ne bénéficie plus de l’étayage du groupe ? La réponse on le verra n’est pas univoque (S20), mais ne doit-elle pas, aussi, s’explorer dans l’histoire précoce des individus ? A l’aune de la fonction du sujet parmi ses pairs telle qu’elle existe et telle qu’elle est mise en péril par l’événement qui survient ? L’élaboration de thérapies interpersonnelles postulant que la persistance des symptômes est en partie liée aux conséquences de l’événement sur les relations du sujet avec son environnement humain nous sera utilement présentée (S20). Il existe une très grande variété de méthodes pour la prise en charge des personnes victimes de guerre et ou d’attentat. Les prises en charge se déclinent sur plusieurs temps avec, notamment, sur le temps long, le souci d’une réhabilitation psychosociale. Elles exigent aussi une prise en compte l’individu dans son contexte familial et social. La session 31 proposera un exposé de ces réseaux de soins civils et militaires.

C’est le lien à l’autre qui est questionné par le « syndrome d’évitement pathologique des demandes » décrit chez certains enfants dans les années 80 par Elizabeth Newton et qui n’a connu que peu d’écho en France. Ces enfants qui ont comme particularité de ne pouvoir supporter les contraintes et ressentir une pression intolérable face aux exigences les plus communes font l’objet d’une attention particulière. La discussion portera sur les liens du syndrome avec les troubles du spectre autistiques : diagnostic différentiel, ou sous-groupe clinique ? Elle insistera également sur l’épreuve éducative qu’il fait vivre aux parents et aux enseignants ainsi sur les potentielles stratégies éducatives (R18).

Il est toujours questions de la famille, de sa dynamique et de liens systémiques dans la session S08 qui tente de donner un éclairage psychopathologique aux homicides conjugués aux temps de la famille.

Réseau, partage, et transfert des compétences 

C’est une tendance qui se dessine au travers, notamment, de l’émergence des conseils locaux de santé mentale : les acteurs de la santé mentale s’organisent, partagent et transfèrent leurs compétences à l’instar du groupe « naissance » à Lyon. Le groupe « naissance » aborde les pratiques d’accompagnement des parents à la naissance du bébé, il est ouvert à tous les intervenants professionnels de la Métropole Lyonnaise du champ périnatal. La présentation de ce groupe démontre qu’il a permis l’édification d’un réseau de prise en charge efficient. Au-delà, le groupe « naissance » devient un observatoire pour des questions sociétales essentielles telles que la place du père dans les séparations précoces ou bien le retentissement des gardes alternées chez les tout-petits. Travailler la qualité du lien inter-parental et la dynamique du lien interfamilial s’avère dès lors essentiel. L’ensemble des pratiques du groupe « naissance » seront présentées en articulation avec la méthode de médiation familiale Lausanne Triadic Play (FA21).

Bouger les lignes

Les avancées de la médecine dans le champ des pathologies somatiques et les remaniements existentiels et relationnels qu’impose la maladie entrainent une implication croissante des psychiatres et des professionnels de la santé mentale dans le champ du somatique. La prise en charge des personnes soignées pour un cancer est à cet égard emblématique : une session est consacrée à « l’après cancer » (FA10).

Le progrès de la médecine profite également aux personnes atteintes de maladies mentales sévères. Pour favoriser des prises en charges somatiques optimales dans ces situations complexe, les propositions de coopérations fleurissent (FA09),( FA14), citons par, exemple, la proposition de « consultation conjointe » somaticien/psychiatre qui permet de passer d’une demande purement somatique à la demande d’un soin psychiatrique. Partager du temps avec nos collègues somaticiens permet également de s’impliquer dans l’évaluation du retentissement psychique de certaines méthodes de soins : concernant la chirurgie bariatrique, les résultats présentés invitent à une certaine circonspection (FA14).

L’évocation rapide et non limitative des présentations cliniques du CFP 2017 pointent donc l’intérêt pour les soignants, comme pour les patients de mettre l’accent sur « l’être ensemble » à savoir, l’organisation de coopération et de réseaux de soins pour les soignants et des pratiques de soins axés sur les compétences relationnelles pour les patients. A travers l’exposé de multiples expériences fructueuses, la fréquentation du CFP va bien au-delà : elle nous donne envie de bouger nos lignes.

Brigitte Ouhayoun, Paris