L’épigénétique sociétale ou comment se refiler collectivement la patate chaude ?

Par sebastien chary dans Actualités Actualités scientifiques Newsletter - CQFPSY

Session S25 ( ?) : Psychologie sociale, de l’insecte social à l’homme : quelles évolutions sociétales au fil des bouleversements de l’environnement et de l’histoire ?

A l’image de nos cellules, chacun de nous est unique. Nous pouvons nous ressembler, partager les mêmes informations, mais la manière dont nous les utilisons nous est propre et nous différencie. Même des jumeaux, partageant pourtant le même génome, ne sont jamais parfaitement identiques, c’est ce qu’on appelle l’épigénétique.

Nous ne sortons jamais indemnes des expériences vécues, elles sont marquées en nous, de manière littérale. Ruptures, stress, nuisances sensorielles, pollution, individualisme et indifférence sont, le temps passant, de plus en plus présents au sein de nos modes de vie et s’inscrivent en nous tout au long de notre histoire. L’épigénétique nous apprend que cela, au-delà d’altérer notre qualité de vie quotidienne, laisse aussi une trace moléculaire en chacun de nous.  
Et quand la génétique et l’épigénétique s’emmêlent, à l’échelle individuelle familiale, une maladie mentale ou un traumatisme psychique d’un individu peut avoir des conséquences sur la santé psychique de sa descendance. C’est la fameuse combinaison de l’inné et de l’acquis.
Mais qu’en est-il si le traumatisme psychique se transmet non plus à l’échelle familiale mais à l’échelle sociétale ? Un traumatisme touchant l’ensemble d’une société donnée, comme un bouleversement climatique, une famine, une guerre, une épuration ethnique, un régime politique totalitaire, peut-il affecter durablement l’état psychologique et les schémas de pensée des générations qui suivront et qui n’auront pas vécu ce traumatisme ?

« Je n’suis pas une mouche… zoum! »

C’est cette thématique que cherchera à développer ce symposium (S25) qui prendra tout d’abord comme modèle, des exemples sociétaux animaux et plus particulièrement des insectes dits « sociaux » comme les fourmis ou les termites. Organisés, protecteurs, adaptatifs, ces insectes ont une organisation contrôlée et hiérarchisée que l’Homme, parfois rigide et individualiste que nous sommes, ne peut qu’étonner.
Anne Geneviève Bagnères, spécialiste des insectes sociaux, nous montrera comment ces organisations animales réagissent à des bouleversements climatiques ou à des agressions externes et en quoi ces bouleversements sont susceptibles d’induire des modifications durables dans l’organisation sociétale de ces colonies ainsi que les changements adaptatifs résultants pour les générations suivantes.
A l’instar des insectes, Yves Sarfati et Cécile Hanon, montreront, à l’échelle humaine cette fois-ci, comment, en prenant exemple sur deux périodes de l’histoire de l’humanité, les hommes peuvent collectivement modifier leurs schémas de pensée et transmettre leur traumatismes psychiques à leur descendance. Nous ressemblons à nos ancêtres chasseurs-cueilleurs, de la période paléolithique, dans ses peurs, ses défenses et besoins, mais nous ne les transcrivons plus de la même manière. La sédentarisation de l’époque néolithique, avec le développement de l’agriculture et de l’élevage, a apporté avec elle son lot de finesses verbales et non-verbales mais aussi des transformations majeures dans la façon qu’à l’Homme de se penser et de penser son environnement. Plus récemment, les guerres mondiales et les mouvements religieux actuels ont largement influencé les modes de pensées contemporaines.
Toujours les mêmes, mais bien différents…

Renaud David, Auriane Gros,
Nice