Ce qu’il se passe après une tentative de suicide dans la « vraie vie »

Par sebastien chary dans Actualités Actualités scientifiques

En 1987, Durkheim affirme que le suicide est un fait social. Pour Philippe Courtet, cette conception est toujours d’actualité, comme en atteste le lancement de l’observatoire national du suicide. Les préoccupations durkheimiennes sont encore vives et réactivées par la question de l’association entre le chômage, le rôle des systèmes de protection sociale et le suicide.

S’arrêter un instant 
Guillaume Vaiva a mené une étude sur l’impact médico-économique et psychotraumatique de la tentative de suicide sur les proches. Il insiste sur l’importance de la postvention pour ce groupe à risque dont l’institutionnalisation de soins n’est actuellement pas assez organisée, pas assez systématisée. Il faudrait s’arrêter un instant après le suicide d’un patient. Les équipes devraient considérer leur file active, réfléchir à ce qui s’est passé.

Le cadre de cette étude est une commande de l’INSERM visant à mesurer l’impact médico-économique des TS sur les proches au cours des 12 mois suivant l’acte, en comparaison des consommations de soin pour un échantillon comparé en population générale. Le stress traumatique et la détresse des proches confrontés à la scène suicidaire ont également été évalués.

Un trésor épidémiologique 
Des proches de patients ayant fait une TS, « informateurs ménage » selon la terminologie de l’IRDES, ont été inclus (hommes ou femmes majeurs vivant sous le même toit). Ils ont étés comparés à un groupe témoin de 9.230 sujets appariés selon le sexe, l’âge, le niveau d’étude, le revenu et le nombre de personnes composant le ménage. Ce groupe est issu d’un « trésor épidémiologique » : un échantillon de 20.000 ménages français représentatif de 95 % des ménages français constitué par l’IRDES.

La létalité du geste suicidaire, la détresse psychologique, la « morosité », l’histoire des comportements suicidaires, la consommation de soin, l’état de santé, l’impact psychotraumatique pour le suicidant et le proche étaient évalués à l’inclusion, 3 mois et 1 an après la TS.

« Je vais bien, ne t’en fais pas »
Le processus d’inclusion des proches a été extrêmement difficile, reflétant la « vraie vie » des services d’urgence où la TS signe souvent une rupture au moins provisoire avec l’entourage. Dans 70 % des cas l’« informateur ménage » était le conjoint. L’état de santé du proche s’améliore ou reste stable un an après la TS, 81 % disent qu’ils « vont bien » et 19 % sont « moroses » : Qui sont-ils ? Comment les repérer plus tôt ?

Il n’y a pas de différence significative entre les fréquentations médicales, de spécialistes, de psychiatres, de psychologues, de consommation de médicaments entre « ceux qui vont bien » et les « moroses ». Cependant, il y a 123 % de surconsommant un an après la TS. Cette consommation augmente beaucoup pour des gens qui disent aller bien !

69 % des informateurs ménages ont assisté à la scène suicidaire et ont participé à l’activation des secours, 44 % présentent un psycho-trauma à 3 mois (13 % PTSD complet) et 33 % un psycho-trauma à 1 an (12 % PTSD complet). Ce sont plus souvent des femmes, en plus mauvais état de santé général à l’inclusion, consommant plus souvent des médicaments et des psychotropes. De même, la population des « moroses » un an après la TS est davantage constituée de femmes de plus de 40 ans.

Surtout pas d’échelle !
Ceux qui vont aller mal semblent repérables, particulièrement ceux présentant un psycho-trauma. Comment repérer une « signature psychotraumatique » lorsqu’on reçoit un proche ? Guillaume Vaiva s’anime : surtout pas d’échelle ! Il faut avoir ça dans le champ clinique, « y penser », être systématique et rigoureux, peut-être poser une question : « En quoi avez-vous été dépassé ? ». À la manière de l’échographe qui « met un coup de sonde », il faut rechercher le vécu émotionnel associé à l’implication dans la scène suicidaire.

Margot Morgiève, Paris.