Le médecin avec le patient dans la réalité traumatique

Par sebastien chary dans Actualités

«Vous étiez là»
Pour Louis Jehel, la complexité et la charge émotionnelle que chaque médecin éprouve dans des interventions psychiatriques autour du trauma psychique sont insuffisamment reconnues.
Le médecin rencontre la mort, l’horreur, la vulnérabilité de la personne humaine. Il est confronté à la honte, la pénibilité, la fasciation du trauma, à l’empathie et à l’identification à des patients pouvant lui ressembler.
L’un des enjeux thérapeutiques majeurs est de pouvoir exposer la personne au souvenir traumatique. La narration de l’évènement est un moment incontournable des techniques de débriefing précoce, le médecin est simultanément exposé au contexte de la réalité traumatique, à l’odeur des cadavres… Ce qui change pour le patient lors de la reconstruction de ses souvenirs, c’est qu’il n’est pas seul, « Vous étiez là », dit-il au médecin. Comment le médecin en est-il impacté ? Existe-t-il un mécanisme de dissociation du psychiatre ?

Facteurs de risque, facteurs de protection
Selon une étude de Sharmila Devi (2011), les hommes médecins ont 1,4 fois plus de risque de se suicider que les autres hommes et les médecins femmes 2,4 fois plus que les autres femmes.
Le stress professionnel provoque une perturbation du sentiment d‘altruisme et de la relation avec le patient. Ces conséquences ne sont pas retrouvées si le facteur de stress est dans la vie personnelle.
Les facteurs de risque de burn-out sont le fait d’être submergé, de vivre certains évènements professionnels (suicide d’un patient) et d’internaliser ses émotions. Les facteurs protecteurs sont la satisfaction au travail (responsabilité dans l’équipe, reconnaissance salariale), l’empathie, la perception de support institutionnel et le sentiment de cohérence.
Pour Vincent Dubois, la satisfaction dépend de la « vocation », des profils individuels, des identités professionnelles. Elle est présente de façon décroissante chez les psychiatres, les psychologues, les infirmiers puis les agents administratifs.

Qu’est-ce qui marche ?
Nous disposons de beaucoup de données sur le stress au travail, sa prévalence, son éthologie, mais peu permettent de répondre aux questions : Qu’est-ce qu’on doit faire ? Qu’est ce qui marche – ne marche pas ? Pour Vincent Dubois, l’enjeu est d’évaluer les pratiques et d’investir dans la prévention, plus efficace qu’une action curative.
À un niveau individuel, le temps passé avec la famille et les amis, l’attitude philosophique, la spiritualité, le fait de chercher à augmenter ses compétences plutôt que de chercher à être reconnu permettent une meilleure gestion du stress.

Supervision et plaisir de penser ensemble
Les ressources humaines ont un rôle dans le recrutement, puis le soutien institutionnel et les supervisions cliniques permettent d’augmenter la satisfaction et de prévenir la violence.
La supervision est un outil collectif qui permet un recul, une sensibilisation à l’aspect inconscient de la pratique et une régulation des relations des professionnels entre eux et inter-métiers. Elle doit se baser sur le code de confidentialité, l’assiduité, la régularité et le volontariat. Ce qui est le plus porteur : la créativité et le plaisir de penser ensemble.

La prévention nécessite une évaluation rigoureuse du risque de violence, l’intégration des données scientifiques à un processus de soin individualisé en abordant le risque de violence explicitement dans l’examen clinique avec le patient tout en évitant les biais d’évaluation (surévaluation).
Il s’agit de faire des auto et hétéro-évaluations de façon répétée au cours de la prise en charge, d’être attentif à la violence institutionnelle, de penser ensemble, de penser l’architecture des bâtiments, de former les soignants à la gestion de la violence.

Margot Morgiève, Paris.