PatholoGEEK

Par CQFPsy dans Newsletter - CQFPSY

S23 – Addictions – Les addictions comportementales à l’ère du numérique

Geek, nerd ou nolife ? Quand on parle de Geek, on peut voir apparaitre dans notre esprit un type de Sheldon dans Big Bang theory. Cet homme asexué qui passe sa vie sur Donjon et Dragon entre deux formules mathématiques et qui collectionne les tee-shirts de retour vers le futur ou de Star Trek. Mais quand cela devient-il pathologeek ?

Peut-être en rentrant dans le Nolife… ? Car le nolife, comme son nom l’indique, aura tendance à se couper du monde. A la place de manger un bol de céréales le matin il se goinfrera de comics. Il ne tombera pas amoureux de sa voisine mais rêvera en secret de la princesse Leia.
Du nolife à l’hikokomori on ne serait pas loin de l’hara-kiri pour certains experts. Tel un suicide assisté par ordinateur ce nom japonais désigne des addicts aux jeux vidéo qui en viennent à tuer leur propre moi au profit d’un avatar bien plus fort et séduisant que leur propre personne à leurs yeux.
Et quand tout est accessible à distance pourquoi prendre le risque de se confronter à l’Autre et à son regard ? Cours à distance, relations sociales, voire sexuelles, virtuelles, tout est disponible à portée de chambre. Et quand ce confort est pris, tout le monde peut comprendre la difficulté d’en sortir. Car nous avons après tout tous connu un peu cette sensation lors du confinement, la facilité d’accès à toutes les ressources, le manque de relations sociales puis la compensation virtuelle et enfin l’absence d’envie de retourner dehors. Car dedans est souvent un endroit plus sûr, sans risque de jugement, sans besoin d’effort. Quand ce comportement devient-il un trouble, quand la passion du jeu vidéo devient-elle une addiction ? Joël BILLIEUX, à travers une étude suivant la méthode Delphy, présentera les avis et accords d’expert sur les critères diagnostiques de ce trouble.

La sexualité à l’abri des addictions ?

Et si le trouble du jeu vidéo est une addiction comportementale reconnue, bien que les critères diagnostiques demeurent encore à définir, il n’en est pas de même des addictions sexuelles qui font encore débat. Pourtant quelle est la différence entre un comportement compulsif et un autre ? Est-ce que le sexe, du fait de ses bienfaits sur la santé et qu’il soit source de plaisir, serait par conséquent d’office exclu des addictions ? Rien n’est moins sûr, comme en témoignera Laurent KARILA en recoupant activités sexuelles en ligne et comportements sexuels compulsifs. Au final toute addiction joue sur les aspects émotionnels et nait de l’attente du plaisir ressenti et de l’envie d’en avoir plus. Que la jouissance vienne d’un combat remporté sur Warcraft ou d’une paire de seins aperçus sur le net, la recherche compulsive de ce plaisir ne peut-être qu’addictive.

Ne partez pas, vous avez le droit à un bonus !

Jouer aux jeux d’argent en ligne pourrait générer en ce sens le même débat. Gagner de l’argent n’est que positif. Aussi est-ce que seul le perdant, qui aurait une activité à risque, aurait le statut d’addict ? Car, de la même manière que le Geek, le joueur va être régi par ses émotions et le besoin de toujours plus et de valorisation. Si le Geek va aimer se fondre dans un avatar et avoir toujours des objets de collection introuvables le rendant exceptionnel, le joueur va être en quête de bonus, d’un statut tout aussi particulier. Qui n’a pas toujours rêvé d’avoir son carré VIP réservé, qui n’a jamais aimé avoir un rhum arrangé offert à la fin d’un repas ? Tout avantage donné sera un moyen de conserver sa clientèle et, à l’extérieur ou en ligne, le fonctionnement de fidélisation demeure et peut rapidement se transformer en addiction quand il devient libre d’accès. Gaëlle CHALLET-BOUJU nous éclairera sur ce principe de bonus et de privilège et la nécessité de les encadrer chez les joueurs à risque.

Auriane Gros, Nice