Psychiatres et structures médico-sociales : faut-il créer le désir ?

Par admincongres dans Newsletter - CQFPSY

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Débat du congrès 2014 :
D9 – A-t-on (encore) besoin de psychiatres au sein des structures médico-sociales ? Salle 200
Modérateur : Margot MORGIEVE – Paris
Pour : Christophe RECASENS – Limeil-Brévannes
Contre : Stéphanie LAFONT RAPNOUIL – Plaisir

L’organisation de la santé mentale connaît en France, on le sait, de très grands remaniements. La politique de santé mentale est soucieuse de répondre à de multiples injonctions, au nombre desquelles sont la volonté de représentation des familles et le souci de renforcer l’inscription sociale des personnes atteintes de maladies mentales sévères en ne limitant pas l’accompagnement des personnes au strict registre sanitaire, sans oublier les dogmes économiques relatifs à la limitation des coûts des services publics. Ainsi s’est opéré un transfert de charge du sanitaire vers le médico-social

De ce fait, la profession psychiatrique a été l’objet d’un façonnage par l’extérieur. La place du psychiatre dans l’éclosion récente et très diversifiée des structures médico-sociales est à penser. Car si, pour le moment, il ne fait pas de doute que l’intervention du champ disciplinaire psychiatrique y est nécessaire, la place où celui-ci doit intervenir n’est pas claire et mérite d’être interrogée. Quelles sont les fonctions du psychiatre au sein de la structure ? Cette présence favorise-t-elle la coopération entre le sanitaire et le médico-social ? A quelle autorité les décisions médicales prises au sein de tels établissements sont-elles soumises ?

Le Docteur Recasens, fort de la richesse de son expérience dans diverses structures médico-sociales dédiées à différents troubles psychiatriques infanto-juvéniles, se dit favorable à la présence d’un psychiatre référent au sein de l’équipe médico-sociale. Il invoque la richesse et la diversité de ses missions dont l’inventaire apparaît inépuisable : suivi des prises en charge et des examens complémentaires, coordination d’un nombre élevé de spécialistes, sans oublier les tâches administratives (la rédaction de courriers et de certificats). Il confesse la prise en charge, parfois même, directe des usagers dans des contextes d’urgence ou d’accès trop différé aux structures de soin.

Le Docteur Recasens souligne également les missions essentielles de formation des équipes et de travail institutionnel. Il rappelle à cet égard, le faible niveau de spécialisation des équipes et également l’importance du turn over des professionnels dans ce type de structure qui fragilise l’édification d’une culture professionnelle commune et partagée. On retiendra enfin, l’intérêt de ces structures comme terrain d’observation des troubles, voire de recherche pour le psychiatre. Le Docteur Recasens fait donc valoir une nécessité intrinsèque pour ces structures d’être dotées d’une compétence psychiatrique dont le psychiatre et, dans une certaine mesure, le psychologue sont les représentants.

Le Docteur Lafont-Rapnouil est chef de pôle en banlieue parisienne. Partant du constat des difficultés à concrétiser l’articulation entre le sanitaire et le médico-sociale, elle plaide en faveur d’un renforcement des compétences psychiatriques au sein des services de psychiatrie publique et de la diminution des compétences psychiatriques au sein des structures médico-sociales. Cette démarche vise à rendre la coopération indispensable. Son propos s’appuie sur les travaux sociologiques affirmant que la coopération l’emporte toujours sur la compétition. Selon son analyse, trois règles fondamentales président à un véritable partenariat : des liens horizontaux sans hiérarchie, l’adoption d’une logique de projet concerté pour la personne où chacun s’interdit de prescrire à l’autre son action et, enfin, une complémentarité réfléchie des missions et des responsabilités de chacun. Le Docteur Lafont-Rapnouil met également en garde contre le risque d’enfermement qui guette les établissements proposant in situ l’ensemble des réponses aux besoins supposés des usagers. Tant il est vrai que le risque d’enfermement des personnes dans un établissement tout-puissant n’est pas l’apanage de l’institution psychiatrique.

Le débat pointe donc la nécessité d’un équilibre à trouver entre la bientraitance exigeant une structure médico-sociale suffisamment compétente dans le domaine de la psychiatrie et l’illusion qu’aurait cette structure d’être en capacité de traiter complètement le patient sans recourir aux structures de soin spécialisées, ce qui transformerait in fine ces institutions médico-sociales en un sous-produit sanitaire.

Brigitte Ouhayoun,
Paris
Luc Mallet,
Paris