CFP 2019 S03 – Apport de la recherche et de l’innovation pour la prise en charge du Trouble de Stress Post-Traumatique (TSPT) chronique

Le vent de boulet souffle toujours, dans des endroits toujours plus ordinaires, générant des transformations de la vision que ce soit sous un modèle de Bayes ou de Black. Pour redonner une vision plus juste de la réalité, plusieurs techniques sont disponibles mais tous les blessés n’y répondent pas et certaines demandent des précautions particulières, afin que leurs avantages ne deviennent pas des risques.

Un « vent de boulet »

C’est ainsi que l’on décrivait l’état de stupeur des soldats sous Napoléon qui avaient frôlé la mort. Si les boulets ne volent plus au-dessus des têtes, le risque de frôler la mort ne s’est pour autant éloigné et ne se retrouve pas que sur les champs de bataille mais dans notre quotidien. Lors d’un concert de musique ou d’un évènement festif, les boulets volent même là où nous les pensions impensables. Et s’ils ne volent pas en continu, leur sifflement peut demeurer toujours présent. L’état de stress post-traumatique est une pathologie entre continuité et discontinuité dans laquelle le malade va et vient, et dont le trouble peut apparaitre bien après le tir de boulet. Il a ainsi été décrit par certaines victimes comme un « boulet noir » qui ne se voit pas forcément mais est omniprésent, comme attaché au pied. Lionel Gibert, dans ce symposium, revient sur les attentats du Bataclan le 13 novembre et nous permet de mettre de la lumière sur ces boulets modernes. A 6, 18 et 30 mois, il met en évidence trois facteurs de risques majeurs de développer un état de stress post-traumatique que sont un trouble de stress aigu, un faible niveau de capacité de pleine conscience et un manque de support familial.

Nomadisme : délétère ou bénéfique ?

Sous un nuage de mots, il dévoile ceux qui ressortent le plus lors de l’entretien clinique avec, au centre, ceux de psychologues et de psychiatres qui sont au cœur de la prise en charge. Une prise en charge souvent compliquée comme en démontrent les témoignages de patients. « Cela a été difficile de trouver le professionnel adéquat ». Cette phrase, au début d’une diapositive parmi d’autres, démontre la difficulté de trouver un thérapeute. Une difficulté qui s’associe souvent à un manque d’efficacité des traitements actuels, une pratique de certains cliniciens ne respectant pas toujours les recommandations et enfin un nomadisme délétère. Mais le nomadisme n’est pas toujours négatif puisqu’il est également constaté que les changements de vie s’avèrent bénéfiques. Et si changer de vie était une partie de la solution ?

Perception -normal + anormal = réalité.

Qui aurait cru qu’une théorie mathématique pourrait nous aider à y voir plus clair ? Surtout quand celle-ci se caractérise par une formule des plus floues de type PB (A)= PA(B)P(A)/ P(B). Nos intervenants eux y ont cru, et nous le démontrent en direct en nous incitant à l’erreur face à une même image que nous percevons pourtant fort différemment. Trous creux ou trous pleins, la question posée va bien au-delà. Bayes nous éclaire quant au changement de vision résultant d’un état de stress post-traumatique à la manière du nombre de taxis réellement bleus lorsque la confusion entre vert et bleu est possible : Quand, dans notre réalité, l’impossible – un attentat dans un concert – devient possible, l’arme à feu dans les lieux, on comprend que c’est l’ensemble de notre vision qui vient à se modifier. Un changement de paradigme se produit où la réalité révèle des possibilités jusque-là perçues comme impossibles. Cette idée de se référer à une approche bayésienne de la perception n’est pas nouvelle en psychiatrie puisqu’elle a notamment été explorée dans la schizophrénie à l’aide de tâches de raisonnement probabiliste. Dans le cadre de cette hypothèse Bayésienne et dans le cas du trouble post-traumatique, la probabilité de danger serait ainsi plus forte qu’à la normale, et la probabilité de revenir à une réalité perceptive plus « juste » serait réduite. Une autre hypothèse soulevée est issue cette fois du domaine des finances avec Black et Scholes et le processus stochastique. Dans ce cas, l’hypothèse de départ, bien qu’incongrue, laisse la place à la pertinence du résultat final.

Opération Omega

Si l’Alpha était la blessure alors l’Omega serait l’aboutissement. Au cœur de cette opération se trouve un parcours innovant de réinsertion pour les blessés psychiques. Le nombre de ces blessés invisibles, plus grand que les blessés physiques, est également en constante évolution depuis 2014. Une véritable « épidémie » de souffrance psychique qui, bien que non visible à travers des plaies, se constate par les conséquences majeures et durables qu’elle induit telles que l’évitement, la dissociation, l’intrusion mnésique et les émotions négatives. Mais tous les blessés psychiques peuvent-ils être réinsérés ? C’est la question que pose Marion Trousselard au sein de ce symposium. La réponse est non avec trois profils de vétérans dont un seul qui semblerait y répondre positivement de manière significative que ce soit en termes de positivisme ou d’estime de soi. Le facteur clef serait les ressources psychologiques encore disponibles avec une dynamique positive de réinsertion à six mois.

Le numérique : une fausse bonne idée ?

Le numérique a de plus en plus sa place dans la prise en charge des états de stress post-traumatique mais est-ce une vraie bonne idée ? François-Benoît Vialatte, dans le cadre de ce symposium, expose les pour et les contre, soulève les risques et laisse entendre les précautions à prendre. L’alliance thérapeutique est au cœur du processus de soin, et aucune alliance thérapeutique ne peut se faire sans humain. Les nouvelles technologies ne doivent pas en ce sens isoler l’humain-thérapeute ni l’humain-patient dont l’isolement aggraverait le pronostique. Mais face à un manque de praticiens et à une augmentation des patients, l’humain ne peut se retrouver partout. Les nouvelles technologies, et notamment via la webthérapie, pourraient être une solution en offrant le don d’ubiquité au praticien.

« Si c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit »

En ce sens la webthérapie demande également de la vigilance face aux risques de discriminations des banques ou des assureurs faisant du patient un produit de vente comme un autre. L’avantage de l’aspect immersif de la réalité virtuelle peut ainsi être également perçu comme un risque avec une ressemblance trop forte de la réalité pour en sortir. Mais l’avantage est qu’un casque s’enlève ! Ainsi, ce risque peut être facilement réduit en cas de télescopage, contrairement à d’autres types de thérapies. En résumé, les nouvelles technologies, loin d’être aussi nouvelles que leur nom l’indique, sont un outil d’intérêt, à l’image par exemple du neurobiofeedback pour le « recablage » de l’amygdale et le cortex préfrontal, mais qui demandent une utilisation raisonnée.

A travers les champs de guerre des vétérans français et l’effondrement de l’ordinaire au Bataclan, ce symposium nous a éclairé sur les spécificités des mécanismes sous-jacents et la complexité de la prise en charge des états de stress post-traumatique.

Auriane Gros,
Nice