Une histoire de non-renoncement…

Par CQFPsy dans Actualités Newsletter - CQFPSY

D03 – Psychanalyse et neurosciences, convergences ou controverses ? 

Modérateur : Jacques TOUCHON – Montpellier

Pour : Pierre DECOURT – Montpellier

Contre : David GOURION – Paris


Deux psychiatres, l’un neuroscientifique, l’autre psychanalyste, enfermés avec un neurologue pendant 1h30 (dans une salle accessoirement totalement comble) pour un débat pour ou contre une convergence entre neurosciences et psychanalyse, cela pouvait ressembler à un véritable combat de boxe passionné, tant les partisans de chaque courant sont souvent peu enclins à la remise en question. 

Le premier orateur, David Gourion, plantera rapidement le décor en présentant, provocateur, les deux disciplines comme « l’histoire d’une conjugopathie mortelle », non sans avoir d’abord rappelé que Freud, avant d’être le fondateur de la psychanalyse, fut avant tout un éminent neurobiologiste. C’est d’ailleurs de cette prise de distance de Freud avec les neurosciences que David Gourion décrira la première rupture entre les deux disciplines, rupture qui se creusera à partir de 1970 avec l’avènement de la psychiatrie biologique et l’enclavement néo-lacanien de la psychanalyse, la période de « mépris réciproque ». Actuellement, l’époque est à la « tentative de meurtre », la psychanalyse ayant totalement disparu du DSM-5.

Pour le second orateur, Pierre Decourt, psychiatre psychanalyste, la divergence est moins marquée que pour David Gourion, et il est possible actuellement d’établir des ponts entre les deux disciplines aux méthodologies différentes (l’observation pour les neurosciences, l’écoute et l’interprétation pour la psychanalyse), en décrivant deux exemples permettant d’envisager une convergence potentielle. Tout d’abord, la découverte des neurones miroirs, observés initialement chez le singe et situés dans des régions cérébrales du cortex frontal inférieur et pariétal inférieur, qui s’activent lorsqu’un individu exécute une action motrice donnée, mais aussi lorsque celui-ci observe un autre individu en train de réaliser la même action motrice. Ce phénomène s’apparente ainsi à un mécanisme de « transfert » de l’action réalisée par l’individu observé vers une représentation mentale de l’action pour l’individu observant, pouvant être rapproché de la description psychanalytique du transfert.

Simulation et compréhension

D’autre part, la « simulation incarnée », décrite par Gallese et Rizzolati, qui aurait un rôle majeur dans la cognition sociale et la compréhension interpersonnelle ; en effet, la bonne compréhension et interprétation que nous avons des actions, intentions et émotions d’autrui donné, via les neurones miroirs, nécessiterait l’activation de notre propre système neuronal moteur comme s’il s’agissait de nos propres mouvements, l’action d’autrui se retrouvant ainsi « incarnée » en nous-même.

Finalement, les deux orateurs se retrouveront sur un point commun : Freud n’a jamais renoncé à la biologie pour Pierre Decourt, et il aurait probablement adapté ses principes psychanalytiques aux données des neurosciences pour David Gourion. Et Pierre Decourt d’ajouter cependant que les psychanalystes actuels n’ont pas fait cette démarche. La bonne formule est peut-être celle proposée par Jacques Touchon, modérateur du débat, mais aussi professeur de neurologie : « entre les deux disciplines, il n’y a ni convergence ni divergence, juste des chemins parallèles… ». Et la salle de rappeler que les deux disciplines restent surtout complémentaires dans le soin thérapeutique.

Le temps imparti à chaque protagoniste pour développer pleinement son argumentaire était hélas probablement trop court pour pouvoir donner une totale consistance au débat, privant vraisemblablement le public d’une possibilité d’éclairage nouveau et autre que le positionnement préalable de chacun avant ce débat.

Renaud David, Nice