Autisme : dépister mieux pour intervenir plus vite

Par CQFPsy dans Actualités Newsletter - CQFPSY

DPC2 – S04 – Dépistage, diagnostic et interventions précoces recommandés dans les Troubles du Spectre de l’Autisme en France
Président : Manuel BOUVARD – Bordeaux

>S04A – Etat des lieux : dépistage, diagnostic précoces des Troubles du Spectre de l’Autisme en France chez les enfants de moins de 3 ans
Anouck AMESTOY – Bordeaux

>S04B – La Thérapie d’Échange et de Développement (TED) comme intervention précoce dans les troubles du Spectre de l’Autisme
  (TSA)
Joëlle MALVY – Tours

La préoccupation croissante des cliniciens et des pouvoirs publics en direction de l’autisme a fait du repérage précoce des TSA une priorité. Comment y parvenir et dans quel but ? L’existence d’une vraie dynamique de travail et de recherches sur ces questions motive plus que jamais les sessions de partage des connaissances pour que les pratiques intéressantes diffusent largement autour de cet enjeu considérable pour la santé publique.

Le diagnostic précoce, vers 2 ans voire plus tôt dans certaines formes n’est pas un objectif irréaliste. Le suivi d’enfants à risque, les études rétrospectives, les films familiaux, ont permis de dégager une sémiologie des troubles socio-communicatifs précoces, absence de babil, de pointage proto-déclaratif, manque d’attention conjointe à partir desquels des outils comme le CHAT et le M-CHAT ont été construits. Ils ont une bonne spécificité pour repérer les enfants à risque à 18 et 24 mois, et même s’ils ne sont pas encore validés en France ils peuvent servir de guide aux professionnels. Parmi les signes d’alerte proposés par les équipes ayant établi les recommandations HAS, il est important de noter que l’inquiétude des parents sur le développement de la communication est considérée comme un critère à part entière.

Développement de la première ligne

Nous savons désormais en fonction de quoi il faut orienter une situation à risque vers une équipe spécialisée pour passer à l’étape du diagnostic. Il faut maintenant s’assurer que tous les professionnels de la petite enfance soient sensibilisés et reçoivent la formation permettant d’être avec les parents dans le souci de cet aspect du développement. Et si parmi les médecins les psychiatres sont concernés, c’est surtout en direction des médecins généralistes et des pédiatres, en “première ligne” dans l’accueil de l’inquiétude des parents et l’observation de l’enfant, qu’il faut déployer d’importants moyens de formation comme le soulignait le Dr Anne Danion au cours de la discussion.

Après le repérage, l’intervention

Pour mieux comprendre l’importance de ce repérage précoce, deux modes d’intervention ont été présentés, la Thérapie d’Échange et de Développement (TED) développée en France par le Pr Lelord dans les années 80 et le modèle de Denver (ESDM) développé à la même époque aux USA par Sally Rogers. Deux pratiques de l’intervention en dyade dès 12 mois mais plus souvent à partir 18 mois, structurées autour d’objectifs développementaux visant à développer les compétences sociales, les prérequis à la communication et au langage, l’imitation, en s’appuyant sur une pratique du jeu structurée, rythmée, partant des intérêts de l’enfant pour le suivre dans ses explorations, les imiter, les enrichir, développer des synchronies dans l’interaction et éviter l’effondrement de compétences pivots comme l’attention conjointe, l’initiative sociale, le pointage, souvent observé entre deux et quatre ans. Les effets de ces méthodes sont mesurables et des résultats qui doivent être répliqués montrent qu’on peut réduire les conséquences de la période critique pendant laquelle les enfants perdent des opportunités de découverte du monde, de plaisir de l’interaction et de réalisation d’apprentissages essentiels. Malgré leurs différences, la méthode de Denver empruntant aux méthodes anglo-saxonnes inspirées de l’ABA et comportant une dimension cognitive moins présente dans la TED, on dispose avec ces deux approches d’un dispositif structuré et en même temps très animé, réceptif aux particularités de chaque enfant, transmissible aux parents et à d’autres professionnels, ciblant les difficultés majeures rencontrées dans l’autisme pour en réduire les effets défavorables et permettre aux compétences de s’exprimer.

Compte-tenu de l’augmentation des demandes d’intervention dans ce domaine, l’accent devra être mis dans les prochaines années sur les moyens alloués à la formation des parents et des professionnels, au développement de l’offre de soin sur le terrain, et à la recherche pour confirmer ou réviser l’intérêt de ces interventions.
 

Christophe Recasens,
Boissy Saint-Léger