De quoi mindfulness est-il le nom ?

Par admincongres dans Newsletter - CQFPSY

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Le mindfulness, ou thérapie de pleine conscience, a de quoi attiser les passions ! Tirer ses origines de la philosophie zen et bouddhiste, rien de mieux pour attirer la suspicion de la communauté scientifique. Un symposium du Congrès Français de Psychiatrie a remis les pendules à l’heure.

Sessions thématiques du congrès 2014 :
S2 – De quoi mindfulness est-il le nom ? Auditorium 400
Président : Antoine PELISSOLO – Créteil
>S2A-Lathérapiedepleineconsciencedans la dépression : pour qui et à quel stade?
Gilles BERTSCHY – Strasbourg
>S2B-Lesautres indications des thérapies de pleine conscience en psychopathologie
Stéphany ORAIN–PELISSOLO – Paris
>S2C – Ce que la pleine conscience fait au cerveau
Karim N’DIAYE – Paris

MINDFULNESS
Stéphany Orain-Pélissolo, psychologue clinicienne à Paris, a ainsi rappelé que la thérapie de pleine conscience n’est pas un passe-temps ésotérique, mais un vrai engagement, efficace uniquement si pratiqué quotidiennement. Un entraînement constant est ainsi nécessaire pour obtenir des résultats cliniques. D’un point de vue théorique, la « MBCT », pour « Mindfulness-based cognitive therapy », ou thérapie cognitive basée sur la pleine conscience, intègre une partie de psychoéducation avec un focus sur les mécanismes de la dépression. La pleine conscience est un des éléments inclus dans la plupart des TCC de 3e vague, telles que la thérapie des schémas, la thérapie comportementale dialectique (DBT, indiquée dans les troubles de personnalité borderline), ou la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT).

Une cible émotionnelle

D’un point de vue clinique, les interventions basées sur la pleine conscience agissent sur des mécanismes communs aux troubles émotionnels : manque de flexibilité dans le style attentionnel, hyperréactivité cognitive, déficit métacognitif, répertoire de réponses comportementales pauvres, évitement des émotions… Face à ces mécanismes, aider les patients à s’entraîner au désengagement attentionnel, pour reconnaître (prendre conscience) de l’émotion et mieux l’accepter, s’avère très utile. Au cours de ce symposium, Gilles Bertschy, professeur de psychiatrie à Strasbourg, a exposé les données de la recherche clinique sur la thérapie de pleine conscience dans la dépression, en fonction des différents stades de la maladie. La MBCT comme traitement aigu de la dépression a des résultats identiques à la TCC et la psychoéducation.  Néanmoins, dans cette indication, les difficultés de motivation des patients liées à l’état dépressif peuvent en limiter l’applicabilité. Après un épisode dépressif, la pleine conscience fait mieux que le traitement habituel en cas de symptômes dépressifs résiduels, y compris pour réduire les idéations suicidaires. La dépression étant une maladie à fort risque de récurrence, la MBCT peut s’avérer un outil précieux chez les patients ayant présentés plus de trois épisodes, particulièrement chez les patients ne souhaitant pas prendre d’antidépresseurs au cours de la phase de maintien: la pleine conscience diminue de 30 à 40% le risque de présenter un nouvel épisode dépressif. Le délai avant rechute est allongé, particulièrement chez les patients en rémission instable, ou avec une histoire personnelle de  traumatisme infantile. Par contre, l’ajout d’un antidépresseur ne semble pas apporter de bénéfice, avec à ce jour deux études négatives.

Un training introspectif

Mais la pleine conscience fait aussi l’objet d’intenses recherches au niveau physiologique et biologique. Karim N’Diaye, chercheur à l’Institut du Cerveau et de la Moelle à Paris, a présenté comment la pleine conscience augmente les capacités introspectives. Il est intéressant de noter que les sujets ayant commencé la pratique de la pleine conscience récemment contrôlent leurs émotions par leur cortex. Mais une plus longue expérience conduit à ce que la perception soit modulée, avant même que la représentation de cette perception ne le soit également. Les neurosciences rencontrent donc la pratique clinique, en montrant qu’en effet, la pleine conscience nécessite un entraînement constant pour obtenir des résultats cliniques !
 

Olivier Andlauer,
Londres