Jusqu’à ce que la mort nous sépare

Par CQFPsy dans Newsletter - CQFPSY

DPC1 – JPPA07 – L’attachement, du « berceau jusqu’à la tombe » : continuité ou discontinuité d’un parcours ?

Président : Jean-Marc TALON – Saint-Rémy

>JPPA07A – Les besoins d’attachement de l’enfance à la vie adulte
Lauriane VULLIEZ – Besançon

>JPPA07B – Spécificité de l’attachement dans la vieillesse ?
Magalie BONNET – Besançon

>JPPA07C – Attachement et désir de mort chez la personne âgée
Aurélie CHOPARD-DIT-JEAN – Besançon

« Jusqu’à ce que la mort nous sépare » signe la promesse d’une union d’une vie, d’un attachement jusqu’au tombeau, dans le bonheur et… dans le bonheur. Car, à l’image du mariage, l’attachement sécure est fragile et dépendant des évènements malheureux pouvant survenir subitement.

Comme le disait Anzieu (1996), les critères d’attachement peuvent aider à la compréhension de l’état de bonheur. Mais, vice-versa, les propriétés du bonheur peuvent nous aider à comprendre le concept d’attachement. Car, tout comme pour le bonheur, au cours de la vie, notre représentation de l’attachement va se modifier. Et, à l’image de la fragilité du bonheur, du berceau au tombeau, l’état d’attachement sera présent ou dormant et prêt à se réveiller à tout moment, en cas de choc ou de rupture…

Les auteurs nous dévoilent ainsi un nouveau paradigme de l’attachement, un attachement qui ne se limite pas à l’enfance mais qui se modifie et prend différents visages au gré de nos avancées sur le fil de la vie. La théorie de l’attachement chez les personnes âgées ouvre de nouvelles pistes de compréhension à la fois de la relation aidant-aidé et du désir de vivre et de mourir de nos aînés.

La quête du bonheur, une quête qui commence dès la naissance.

Les besoins d’attachement durent de l’enfance jusqu’à la mort telle une quête de sécurité continuelle. Lauriane Vulliez-Coady (CHRU-Besançon) nous rappelle, dans sa présentation, l’apport de la construction de l’attachement dans le développement affectif et émotionnel. En effet, l’attachement agit comme un modérateur et la figure d’attachement influence le développement des systèmes neurologiques de régulation du stress. L’enfant n’existe pas seul, il ne peut pas vivre sans un environnement soutenant et répondant à ses besoins. Il se développe dans un milieu qui agit sur lui-même mais qu’il est capable de modifier en retour et c’est la qualité de ces interactions, gages de sécurité, qui permettront un développement affectif optimal. Ainsi, si le bonheur se décrit comme un havre de paix, l’attachement commence par un havre de sécurité. Un havre de sécurité qui repose à la fois sur des capacités de mentalisation et de sensibilité maternelle.

La recherche du bonheur, une question de stratégie.

Tout comme dans notre recherche du bonheur, l’attachement organisé est une question de stratégie et d’adaptation à notre environnement. Dès les premières années de vie, l’enfant va mettre en place des représentations d’attachement selon la qualité de ses relations. Et, à l’âge adulte, en cas de vulnérabilité, et d’autant plus que le stress est important, il réutilisera des stratégies anciennes. Ces stratégies, variées, seront fortement dépendantes des relations précoces établies avec la figure d’attachement et iront de la prise de distance à la demande d’attention constante.

Mais ces stratégies peuvent se modifier. Dans 30 % des cas, elles évolueront à l’âge adulte avec le passage d’une forme d’attachement à une autre. Cette modification, générée par un nouvel environnement, influencera également les relations avec autrui. À l’image de la vie, l’attachement est ainsi fait de rencontres et de mouvement.

Le bonheur au fil du temps, une protection dans l’évitement.

Avec l’avancée en âge, il est décrit un biais de positivité émotionnel selon lequel les personnes âgées vont avoir tendance à éviter les évènements de vie désagréables et se souvenir davantage des moments positifs que négatifs.

Est-ce cette même spécificité de l’attachement que l’on trouve chez nos aînés ? Magalie Bonnet, Aurélie Chopard-Dit-Jean (Laboratoire de Psychologie EA3188) et Laurianne Vulliez-Coady tentent de répondre à cette question. La littérature existante, bien que maigre sur le propos, va en ce sens en décrivant une surreprésentation du style évitant chez les sujets de plus de 65 ans (Grossmann, 1995). Ce détachement, propre au biais de positivité émotionnel précédemment décrit, semble avoir les mêmes caractéristiques en devenant inefficient lorsque la charge cognitive ou émotionnelle est trop forte. Cette stratégie, fonctionnelle dans l’enfance et à l’âge adulte, peut ainsi devenir inopérante chez le sujet âgé et laisser anxiété et dépression prendre la place du bonheur recherché. Mais la pathologie, et plus particulièrement la maladie d’Alzheimer, renverse cette tendance à l’évitement et génère une hyperactivation de l’attachement et de la demande. Si l’on retrouve la recherche de compétences maternelles, notamment dans les soins de toilette, la mentalisation semble s’effacer. Le proche devient un miroir du malade et le malade se met à vivre à travers son proche comme si sa vie n’avait plus d’existence intrinsèque. L’ombre de Godot plane comme un soi extérieur qui, trop éloigné, prend la forme d’un morcellement, d’une petite mort. 

À la vie, à la mort.

Au-delà de la vie, dans la mort, l’attachement apparaît toujours autant présent. Aurélie Chopard-Dit-Jean, Magalie Bonnet, Dario Spini et André Mariage, par leur présentation, utilisent la théorie de l’attachement pour étudier le désir de vivre et de mourir. Si Mme Martin a connu de nombreuses tragédies au cours de sa vie, elle aimerait aujourd’hui maîtriser au moins sa propre mort, « partir gentiment ». Si elle recherche l’écoute et le regard de l’autre, elle ne les trouve pas pour autant « souvent intéressants ». Mme Martin a peur de souffrir, elle a une forme d’attachement de type insécure préoccupé. Et, par son discours, elle soulève une question d’étude : notre façon de parler de la mort est-il typique d’une modalité d’engagement ?

L’ensemble des présentations ont le point commun d’insister sur l’importance des mots, ceux du patient vieillissant ou malade et ceux du conjoint. Ces mots qui font sens dans l’évaluation, ces mots qui se taisent dans l’évitement et qui évoluent au gré du temps. Ces mots, bon an, mal an, bonheur, malheur, nous parlent d’attachement.
 

Auriane Gros, Renaud David,
Nice