Prendre soin de soi et des autres, place de l’entraide dans les soins en psychiatrie

Par sebastien chary dans Newsletter - CQFPSY

S06 : Entraide entre pairs dans les troubles mentaux sévères
Président : Nicolas FRANCK, Lyon
Modalités de l’entraide entre pairs hors structures et dans les structures de santé mentale
Julien DUBREUCQ, Grenoble
Entraide entre pairs dans une structure associative : l’exemple du ClubHouse
Jean-Philippe CAVROY
Place et rôle des travailleurs pairs
Camille NIARD, Lyon

Nous avions rendu compte d’un débat sur les médiateurs santé pairs lors d’un précédent CFP, ce sujet méritait d’être repris en symposium pour en connaître les développements plus récents. C’est chose faite sous la présidence de Nicolas Franck, qui s’interrogeait en ouvrant la session sur le contraste entre l’évidence de la place de l’entraide dans les communautés humaines et la lenteur avec laquelle la psychiatrie en avait pris la mesure pour favoriser l’intervention des pairs à différents moments du soin et de la réhabilitation.

La reconnaissance de la spécificité du savoir expérientiel

La pair-aidance n’est pas une notion nouvelle, elle s’est développée à partir des premières associations de patients, elle a contribué à transformer les relations entre patients et professionnels et s’est structurée peu à peu en précisant sa place par rapport aux dispositifs de soins existants. Le savoir lié à l’expérience vécue de certains troubles et de l’utilisation des services de soins a été reconnu comme spécifique ainsi que les vertus de l’appui sur un pair dans les moments critiques ou l’étape de réhabilitation. Les savoirs expérientiels sont mobilisés dans différents contextes, les groupes d’entraide mutuelle, les clubhouse, au sein des équipes de soin, au travers de témoignages, ce qui ne dispense pas d’avoir une réflexion sur les cadres juridiques, éthique, fonctionnel et contextuel dans lesquels ils se déploient.

L’adaptation des clubhouse en France

Le modèle des clubhouse a été adapté en France à partir de l’expérience new-yorkaise de 6 patients, les WANA (We Are Not Alone) appartenant au mouvement des « survivants de la psychiatrie« . Il existe un clubhouse à Paris, Bordeaux et Lyon, et pour en devenir membre il faut être majeur, avoir un suivi et être en phase avec l’approche proposée. Jean Philippe Cavroy a rappelé la structure associative du dispositif et sa fonction de passerelle entre le soin médical et le temps du rétablissement. Au sein des clubhouse on pratique une cogestion entre salariés et membres, les décisions sont prises par consensus. On fait ensemble pour les autres et pour soi, on cherche à reprendre confiance en soi, en ses capacités, en intégrant et en s’adaptant à un cadre. L’entraide entre pairs met en jeu la solidarité, l’ouverture, le sens de la relation et du collectif, la capacité de travailler en équipe. Les membres sont aidés à construire un projet professionnel ou de vie parmi les autres, ils travaillent à développer leur autonomie et leurs relations en s’appuyant si besoin sur des partenaires extérieurs, en s’accordant le mieux possible au rythme de chacun.

Avant tout ne pas nuire

L’entraide et la pair-aidance comportent des travers comme toute relation humaine, aussi des principes d’autodétermination, de non jugement, de régulation par le collectif et d’analyse des motivations de l’entraide servent de trame pour tisser des relations paisibles et enrichissantes. Les clubhouse et la pair-aidance ne conviennent pas à tout le monde ou ne sont intéressants que pour un temps donné, leur objectif n’est pas de maintenir les personnes en leur sein mais de les accompagner vers des réalisations personnelles.

Connaître les différents atouts de cette médiation

La stigmatisation réduit la personne à sa maladie et amplifie son sentiment d’incapacité à agir. Le pair-aidant agit à l’envers de ce processus de production du handicap en offrant un mouvement d’identification positif, une représentation de ce qui est possible en dépit des entraves liées à la maladie. Des travaux ont montré l’impact favorable de l’intervention des médiateurs santé-pairs sur les hospitalisations, d’autres suivront pour nous apprendre à connaître l’étendue des actions où cette médiation pourra se conjuguer et prolonger le travail des cliniciens

Christophe Recasens,
Créteil