Protoxyde d’azote : pas si hilarant !

Par Redacteur CFP dans Newsletter - CQFPSY

En mai dernier, le Parlement a voté une loi interdisant la vente de protoxyde d’azote aux mineurs, ainsi que de tout produit spécifiquement destiné à faciliter son extraction afin d’en obtenir des effets psychoactifs. La provocation d’un mineur à faire un usage détourné de ce produit de consommation courante est désormais punie de 15.000 euros d’amende.

Le N2O, autrefois appelé « gaz hilarant », est en effet depuis plusieurs années utilisé chez les jeunes, d’abord dans le milieu festif techno-alternatif puis de façon massive chez les adolescents et jeunes adultes [1], notamment les étudiants en Médecine. D’après l’étude française i-Share [2], 24 % des étudiants l’ont expérimenté et 13,5 % en consomment actuellement. Mais qu’est-ce que c’est exactement le « proto » ?

 

Les points forts

  • L’usage récréatif du protoxyde d’azote est une pratique en recrudescence chez les jeunes.
  • Les cartouches de protoxyde d’azote sont faciles d’accès et à faible coût.
  • Les cas d’intoxication, de décès et d’addiction se sont multipliés ces dernières années
  • Une complication redoutable : la sclérose combinée subaiguë de la moelle.

 

Modes de consommation

Le N2O a été longtemps utilisé en Médecine comme adjuvant d’anesthésie et toujours comme antalgique. Le mode de consommation le plus fréquent est l’inhalation indirecte : les sujets gonflent un ballon de baudruche à l’aide d’une cartouche de N2O utilisée pour les siphons de crème chantilly à usage culinaire. Ils inhalent à plusieurs reprises le contenu du ballon par la bouche. Ils consomment en moyenne 5 cartouches par session. Parfois, certains peuvent aller jusqu’à 100 cartouches par session. Il est facile d’accès sur Internet à moins de 5 euros les 10. En contexte festif, le N2O est fréquemment associé à de l’alcool ou du cannabis.

Modes d’actions

Le N2O a principalement comme effets :

  • des effets agonistes partiels des récepteurs opioïdes à l’origine d’effets antalgiques.
  • des effets antagonistes des récepteurs glutamatergiques de type NMDA à l’origine d’effets anesthésiques et d’effets indésirables psychiatriques.
  • des effets agonistes des récepteurs GABA à l’origine d’effets euphorisants.

Effets recherchés

Les principaux effets recherchés sont des sensations d’hilarité, d’ivresse, d’euphorie et de désinhibition. Les effets sont maximaux au bout d’une minute et disparaissent au bout de deux à trois minutes. La distribution dans l’organisme est rapide : cœur, reins et tissus richement vascularisés. L’élimination du N2O est rapide par voie pulmonaire, non métabolisé. Certains sujets répètent les prises à la recherche d’effets prolongés.  

Toxicité aiguë

Les effets indésirables les plus fréquents sont des sensations vertigineuses, des céphalées, des nausées, des vomissements, des douleurs abdominales, une toux, des troubles confusionnels et des troubles de la coordination motrice favorisant les chutes [3]. Plus rarement, ont été décrits des effets cardiodépresseurs, des troubles du rythme, des pertes de connaissance, des brûlures par le froid (nez, lèvres, cordes vocales, arbre respiratoire), une obstruction respiratoire mécanique, une asphyxie par inhibition de la réponse physiologique normale à l’hypoxie, des œdèmes du poumon et des pneumomédiastins en cas d’inhalation directe depuis la bouteille pressurisée [4].

Le risque de complications neurologiques majeures est plus marqué en cas de doses élevées (50 à 100 cartouches en moins de trois heures et/ou répétées (plus de 70 cartouches/semaine). La consommation de N2O perturbe l’aptitude à conduire un véhicule jusqu’à 30 minutes après inhalation et par conséquent favorise les accidents de la route.

Toxicité chronique

En cas d’usage répété, la consommation de N2O facilite la dilution de l’oxygène du gaz alvéolaire entrainant une diminution de l’apport en O2 aux tissus cérébraux. La consommation chronique favorise également les déficits en vitamine B12 à l’origine de la myélo-toxicité et de la neuro-toxicité. Les troubles neurocognitifs sont potentiellement irréversibles : aphasie, amnésie, paresthésies des extrémités avec un effet-dose. Plus rarement, ont été décrits des polyneuropathies axonales sensitivo-motrices, des leucopénies, des thrombopénies, des anémies mégaloblastiques [3].

Une complication redoutée : la sclérose combinée subaiguë de la moelle

Une complication neurologique majeure est la sclérose combinée subaiguë de la moelle liée à une carence en vitamine B12, après quelques semaines ou années de consommation de N2O. Elle est caractérisée par des paresthésies des membres supérieurs et inférieurs, des déficits de la sensibilité vibratoire et du sens positionnel, une ataxie et des troubles spastiques progressifs [4]. Elle est favorisée par les déficits préexistants en vitamine B12, notamment chez les végétariens stricts, les végétaliens, chez les sujets présentant une dépendance à l’alcool ou recevant des anti-acides [4]. Il n’y a pas d’effet-dose entre l’apparition d’une sclérose combinée subaiguë de la moelle et les quantités inhalées ou la durée des consommations [4]. Le diagnostic est confirmé à l’IRM avec une hyper-intensité de la région dorsale autour du canal central dont l’aspect typique est en « V inversé » [4].

Des complications psychiatriques ?

La consommation de N2O peut induire de l’irritabilité, des troubles de l’humeur, des hallucinations auditives et visuelles, des idées délirantes de persécution, de l’auto ou hétéro-agressivité, des idées de suicide. Des cas d’addiction au N2O avec tolérance pharmacologique ont été décrits [4].

Des dosages possibles ?

En pratique, la détection du N2O est difficilement réalisable, parce que non détecté dans le sang du fait de sa demi-vie courte. Il n’est pas dans les dépistages urinaires toxicologiques de routine.

Conclusion

Des campagnes de prévention chez les jeunes seraient nécessaires car ils en sous-estiment les dangers. Il n’existe pas de traitement spécifique en dehors de la supplémentation en vitamine B12. Les approches thérapeutiques reposent donc sur les entretiens motivationnels et les psychothérapies.

Noémie Vaucher, Alain Dervaux
Amiens

  • 1. Association française des centres d’addictovigilance, Micallef J, Mallaret M, Lapeyre-Mestre M, Da-veluy A, Victorri-Vigneau C, Peyrière H, Debruyne D, Deheul S, Bordet R, Chevallier C, Perault-Pochat MC, Le Boisselier R, Libert F, Chaouachi L, Gillet P. Augmentation des complications sanitaires graves lors de l’usage non-médical du protoxyde d’azote en France. Therapie. 2021;76(1):53-54. doi: 10.1016/j.therap.2020.01.001.
  • 2. Perino J, Letinier L, Mathieu C, Fourrier-Réglat A, Miremont G, Qchiqach S, Tzourio C, Daveluy A. Consommation de substances psychoactives : un état des lieux au sein des étudiants de la cohorte i-Share. Therapies 2018; 73: 575. doi: 10.1016/j.therap.2018.09.019.
  • 3. Institut national de recherche et de sécurité. Fiche toxicologique no 267. Protoxyde d’azote; 2018.
  • 4. Marillier M, Karila L, Miguet-Alfonsi C. Quand le protoxyde d’azote ne fait plus rire : épidémiologie, aspects analytiques, incidences clinique et médicojudiciaire, Toxicologie Analytique et Clinique 2020 ;32, :278-290. doi : 10.1016/j.toxac.2020.07.002.