Retour vers le futur

Par sebastien chary dans Actualités Synthèse Thématique

Comme le disait le sociologue et futurologue Alvin Toffler : »Le choc du futur est le stress et la désorientation provoqués chez les individus auxquels on fait vivre trop de changements dans un trop petit intervalle de temps ». Les nouvelles technologies étant à l’origine de changements trop brutaux, elles pourraient donc être à l’origine de la crise. Mais ne seraient-elles pas également les plus à-mêmes de les résoudre ?

A travers ce 11ème CFP, les orateurs vous ouvriront les portes de l’Espace-Temps et exploreront de nouvelles façons d’anticiper les chocs du futur à travers les nouvelles techniques d’évaluation et de prises en charges sans oublier de revenir à l’essentiel.

Un écran nommé désir : quand la société crée la crise

Quand l’instabilité et l’insécurité règnent au niveau sociétal, comment les personnalités déjà marquées par une instabilité dans leurs relations interpersonnelles peuvent être prises en charge ? Les nouvelles technologies ont incité des changements brusques autant que peut l’être la naissance d’un enfant au sein d’un couple (FA05). Elles permettent également des passions faciles d’accès (internet/écrans) qui deviendront harmonieuses ou obsessionnelles selon la personnalité de l’individu et de sa possibilité de contrôler son désir. L’adaptation comportementale et le contrôle inhibiteur (CI) apparaissent ainsi nécessaires et le rôle clé du gyrus frontal inférieur (IFG) est mis en évidence. L’efficience du CI dépend de mécanismes neurodéveloppementaux fœtaux et tardifs de l’IFG (S15). Chez les patients bipolaires l’IFG est hypoactif lors d’un conflit émotionnel (S15C) et dans les troubles obsessionnels compulsifs l’IFG droit montre des anomalies des circuits cortico-sous-corticaux (S15B). L’étude en imagerie de l’IFG apparait ainsi pertinente dans le développement de stratégies thérapeutiques innovantes.

Crise biologique et renouvellement des espèces

Les points positifs de toute crise sont qu’elles permettent un renouvellement. Ce renouvellement est possible grâce aux générations futures et les enfants prédisent et déduisent comme de futurs chercheurs. Mais ces chercheurs en herbe, en perpétuel développement cérébral, peuvent s’éloigner de « la norme ». L’imagerie permettrait de mieux comprendre pourquoi (C2).
Le renouvellement passe aussi par la mise en place de nouvelles techniques d’investigation et de prise en charge. Dans les troubles de l’humeur des réponses adaptées et personnalisées par le biais d’un recueil de données écologiques en temps réel est maintenant possible, offrant une nouvelle vision de la prise en charge (S02). Et si l’ancien pouvait cohabiter avec le nouveau ? C’est ce qui semble possible dans le champ de la stimulation cérébrale avec le développement de nouvelles techniques non invasives (FA02). Ces techniques, loin d’écarter les anciennes à la manière d’une crise biologique, s’associent par exemple à l’électroconvulsivothérapie (ECT) qui, bien qu’introduite dans les années 40, demeure le traitement de référence pour les troubles de l’humeur (FA02B).
Le renouvellement n’est pas si simple, surtout quand la crise qui en est la cause est violente et interne à l’individu. La montée de l’extrémisme et du communautarisme a vu émerger une multiplication des attentats qui, au-delà de traduire une crise de société, créent des crises internes avec des impacts durables pour les victimes. Les outils numériques offrent des possibilités de prises en charge innovantes des états de stress post-traumatique mais dont les modalités d’utilisation restent à définir (S03).

 

Faire parler les chiffres

  • 13% du taux de morbidité mondiale sont liés à des troubles mentaux, neurologiques et à l’utilisation de substances (S18). Les études de cohortes, les bases de données nationales et les revues de littérature pourraient, en multipliant les indicateurs, permettre de mieux comprendre les facteurs modifiables de prévention et de rechute (S18A) ainsi que l’action des traitements médicamenteux dans la schizophrénie (S18B-C).
  • 1/3 des patients atteints de troubles schizophréniques répond insuffisamment aux neuroleptiques. Ces chiffres dévoilent la nécessité d’un regard croisé pluridisciplinaire sur la pharmacogénétique associant le point de vue des cliniciens. (R15)
  • 1 enfant sur 20 est victime de violences physiques chaque année, qui peuvent générer l’émergence d’une schizophrénie, de troubles des conduites alimentaires (TCA) et des troubles des conduites suicidaires (S25). Dans le cadre des TCA, les sous-types d’abus précoces vont moduler les caractéristique neurobiologiques et neuroanatomiques et nécessiter une prise en charge spécifique (S25C).
  • X23 : c’est la multiplication du taux de mortalité de l’anorexie mentale (AN). Des facteurs héréditaires sont retrouvés dans 70% des cas et, même si les traitements ont une efficacité limitée, 1/3 des patients évoluent vers une rémission (S19B).

Retour au corps

Ecouter les chiffres, la biologie ou les nouvelles technologies n’a pas de sens si l’on n’écoute pas le corps. Et si le patient parle à travers son ADN ou ses ondes cérébrales, il est le seul à pouvoir exprimer son ressenti. Bien que l’autoévaluation, de par son aspect subjectif, a longtemps été décriée, elle demeure essentielle pour une meilleure compréhension de la physiopathologie des symptômes négatifs de la schizophrénie (R14).
Et parfois le corps parle de lui-même en générant des dérèglements métaboliques tels que dans les dépressions résistantes où ils peuvent entrainer une non-réponse aux antidépresseurs et demandent une modification de la prise en charge (R09).
De même, des sous-groupes de patients psychotiques et schizophrènes avec de nouveaux auto-anticorps dirigés contre les récepteurs cérébraux ont été découverts et il est nécessaire de pouvoir les identifier en clinique pour mettre en place de nouvelles stratégies thérapeutiques (S07).
Expressions du corps et connaissances sont donc intimement liées, mettant à défaut l’idée de Molière selon laquelle désir du corps et désir de connaissance seraient dichotomisés. Non, les femmes savantes ne sont pas dénuées de sexualité ! ( C4)
Et si renouer avec son corps était la clef d’un futur assez fort pour combattre les crises internes et sociétales qui se jouent au présent ?


Auriane Gros,
Nice.