Soigner les expériences traumatiques des enfants de la guerre

Par sebastien chary dans Newsletter - CQFPSY

CFP2018 :  R01 – Prise en charge médico-psychologique des enfants rentrant de zone irako-syrienne
Expert : Thierry BAUBET – Bobigny
Modérateur : Anaëlle KLEIN – Bobigny

Dans une circulaire encadrant le retour des enfants revenant des zones de guerre irako-syriennes, le premier ministre a inclus un volet d’évaluation et de prise en charge médico-psychologique. Le Pr T. Baubet, dont le service est en première ligne dans cet « accueil » réservé aux enfants, a décrit la procédure mise en œuvre par les professionnels pour répondre à la demande politique. Il a aussi fait ressentir à l’assistance le poids qui pèse sur les épaules de ces tout jeunes bambins jetés dans la vie au milieu du feu et de la folie des hommes.

Le contexte est délicat, les enfants dont plus de la moitié est âgée de moins de 3 ans, ont pour beaucoup assisté à des scènes violentes dans un climat de guerre, et ont baigné dans une idéologie mortifère. Arrivant en France ils sont confiés à l’ASE par le Juge des Enfants et placés dans des familles d’accueil tandis que leur parents sont placés en détention préventive.

Faire une place à l’enfant, lui donner du temps

Les équipes ayant accepté de participer à l’évaluation et au soin ont structuré leur démarche et encadré ce travail qui met les soignants à rude épreuve. Les troubles sont parfois très prononcés, mutisme, agitation, retards, troubles anxieux et leur évaluation prend du temps. L’exemple d’une petite fille ayant mimé pour la première fois des scènes traumatiques d’exécution après une année de suivi, souligne la nécessaire continuité des aides proposées. Elle suppose une stabilité du lieu de vie des enfants, pas toujours garantie. L’absence des parents dans le recueil des données d’anamnèse, leur absence relative dans le processus de soin, le sens à donner à la séparation d’avec eux sont autant d’obstacles supplémentaires à la compréhension, laissant le clinicien avec ses projections inévitables et perturbantes à propos des figures d’attachement de l’enfant.

Trouver sa place de soignant, avoir les moyens de ses ambitions

A la demande inquiète des autorités sur les risques concernant leur devenir, les psychiatres impliqués rappellent qu’ils n’ont pas de pouvoir de prédiction mais qu’ils savent prendre le temps de comprendre et de soigner, de repérer des troubles post-traumatiques, d’accompagner les liens à maintenir avec la famille quand c’est possible. Les psychiatres et les psychologues veulent être perçus comme des personnes ressources distinctes du dispositif judiciaire, ils souhaitent travailler avec les adultes présents autour de l’enfant et aimeraient qu’un discours politique clair les reconnaissent comme des victimes sans les associer implicitement aux exactions connues ou supposées de leurs parents.

SI on ne peut fort heureusement pas deviner l’avenir de ces enfants, on ne peut méconnaître leur souffrance, leurs difficultés et les risques qui pèsent sur eux. Les thérapeutes sont de fait en droit, ont même le devoir de demander les moyens pour que ces enfants soient aidés et que les risques soient prévenus du mieux possible en donnant les moyens d’un travail sur la durée.

Trois temps de psychologues ont été financés pour deux ans, aucun temps médical supplémentaire n’a été accordé, une analyse des pratiques est indispensable tant les professionnels sont exposés à des expériences inhabituelles et bouleversantes… le compte n’y est pas. Les soins coûtent chers, c’est vrai, mais que coûtera l’absence de soins ?


Christophe Recasens,
Créteil