Troubles précoces de la communication sociale : détecter tôt et intervenir rapidement !

Par Redacteur CFP dans Newsletter - CQFPSY

Lien pour artcile => Moi, Doc et Patient :  de l’autodiagnostic à la thérapie autogérée

CFP 2019
S 22 : Les troubles de la communication sociale chez les enfants de moins de 2 ans : nouveaux outils diagnostiques, nouvelles stratégies thérapeutiques, prévention
Président : Richard DELORME – Paris
Le diagnostic précoce des troubles de la communication sociale
Valérie VANTALON – Paris
Le PACT (Pediatric Autism Communication Therapy) ou Thérapie de communication
Mario SPERANZA – Le Chesnay
Programme d’éducation thérapeutique destiné à des femmes enceintes ayant un premier enfant diagnostiqué avec un Trouble du Spectre de l’Autisme (TSA)
Anita BEGGIATO – Paris

Dès la première année de la vie, des enfants peuvent éveiller des inquiétudes pour des parents ou des professionnels conscients des compétences sociales et communicationnelles habituellement attendues à cet âge. Absence de précurseurs du langage, de pointage, rareté de l’attention partagée, attrait pour les explorations formelles plus que pour les visages ou les personnes, autant de signes qui, s’ils ne permettent pas d’établir un diagnostic de TSA doivent alerter et orienter vers une consultation spécialisée.

Après avoir mentionné les outils qui favorisent le dépistage des troubles précoces de la communication sociale, le Dr. Valérie Vantalon a décrit le fonctionnement d’une consultation de dépistage précoce et montré les résultats du suivi d’une population identifiée à risque avant 36 mois. La stabilité diagnostique après 36 mois est de 97 %, confirmant la possibilité d’un diagnostic fiable avant trois ans. L’accent doit être porté sur la généralisation de la formation des professionnels de première ligne, la diffusion des outils comme le M-CHAT structurant les évaluations.

Des moyens fiables de repérer les troubles de la communication sociale avant trois ans

Diagnostiquer tôt c’est se donner les moyens d’apporter aux parents une information et un soutien rapides. La perturbation de la trajectoire développementale de l’enfant autiste place les parents dans une situation non conventionnelle limitant les occasions de partager des interactions nourrissantes et stimulantes pour le développement de la communication sociale de l’enfant. Au fil du temps les échanges deviennent plus directifs qu’interactifs, asynchrones plutôt qu’accordés, entraînant une souffrance des parents et un retard dans le développement de compétences de l’enfant.

Des interventions précoces impliquant fortement les parents

Le Pr. Mario Speranza, très engagé dans le déploiement des interventions auprès des plus jeunes enfants a rappelé les pratiques recommandées de l’ABA (analyse fonctionnelle), de l’ESDM (modèle de Denver), du TEACCH et de la TED (Thérapie d’Echange et de Développement) mais il est venu surtout parler ce jour là du PACT (Paediatric Autism Communication Therapy), une intervention préconisée par le NICE, organisme anglais établissant des recommandations à la façon de l’HAS en France. Le PACT est une intervention basée sur des séquences de jeu d’un parent avec l’enfant filmées et travaillées ensuite avec un thérapeute formé. Son intervention consiste à s’appuyer sur le style du parent pour l’aider à identifier des situations d’interaction favorable avec son enfant, à s’adapter aux modalités particulières de sollicitations et de participations de l’enfant pour accroître les échanges et les occurrences de communication. Le programme comporte deux séances par mois pendant 6 mois, puis une séance mensuelle pendant encore 6 mois. Il implique que le parent consacre 30 minutes par jour à jouer avec son enfant en s’appuyant sur les observations réalisées pendant les séances et reportées sur un écrit avec le thérapeute. Celui-ci travaille en suivant des étapes qui ne sont pas explicitement transmises aux parents pour ne pas les placer dans un souci de performance et de rapidité. L’évolution de la thérapie dépend de l’évolution du parent mais aussi des ressources propres de l’enfant, aussi le tempo reste souple et le changement d’étape ne se fait que lorsque certains critères d’évaluation sont atteints. Cette intervention originale parmi les thérapies médiées par les parents a fait l’objet de plusieurs études encourageantes, elle n’exclut pas la pratique d’autres méthodes dans des contextes plus éducatifs et peut apporter très tôt aux parents des ouvertures pour modifier leurs dispositions à interagir avec un enfant différent.

Agir pour les femmes enceintes ayant déjà un enfant avec un trouble du neurodéveloppement

Autre situation abordée lors de ce symposium, celles des femmes enceintes ayant déjà un enfant atteint de TSA qui sont accompagnées dès la naissance en raison du risque accru pour les fratries. Le programme AutMER (Autisme Mères Ecoute Ressource) a été présenté par le Dr A. Beggiato, il s’effectue en groupe et présente trois dimensions. Une dimension pédagogique d’informations données aux mères autour des signes d’alerte précoces, une dimension psychologique de soutien dans une situation difficile émotionnellement avec un enfant autiste et un à naître comportant un risque augmenté de développer un trouble du neurodéveloppement, et une dimension comportementale d’apprentissage de stratégies pour mieux s’ajuster au comportement de l’enfant autiste et du nouveau-né. Les mères auxquelles on a proposé cet accompagnement étaient partantes mais nombre d’entre elles n’ont pas pu y participer pour des raisons d’organisation. D’autres solutions sont recherchées comme les séances individuelles et l’intervention à domicile pour ne pas léser les personnes dans les situations les moins favorables. Une étude multicentrique est en cours pour évaluer les bénéfices de ces interventions.


Christophe Recasens,
Créteil