#You Too !

Par Redacteur CFP dans Newsletter - CQFPSY

CFP2019
C4 – Le complexe des Femmes savantes ou la névrose cognitivo-sexuelle : la connaissance et la sexualité en crise.
Lionel Naccache

En tant qu’homme réseau-nable, Lionel Naccache nous emmène dans un voyage à travers les temps et les espaces. Qu’ils soient de caverne ou d’actes, il nous interroge sur le sens de nos maux d’hier et d’aujourd’hui. Et si le sexe n’avait rien à voir avec la sexualité. #You Too ?

« Tout commença porte St Martin »,

Lionel Naccache, en plus d’être neurologue et écrivain, nous apparait, dès la première phrase, tel un conteur. « Durant un moment de famille, sur la famille », le rideau tombe et la scène se dévoile. L’orateur est là, femme et enfants sous le bras sortant du métro République et en train de rejoindre le théâtre de la porte Saint Martin. Peut-être que ça ne s’est pas passé exactement comme cela mais on ne peut s’en empêcher : quand une chose nous est racontée notre imaginaire, nos pensées, ont besoin d’aller plus loin.

C’est un peu ce qui est arrivé ce soir-là aussi à notre conférencier. Il s’est retrouvé face à une pièce de théâtre et d’un vers, /Quoi ? le beau nom de fille est un titre, ma sœur, Dont vous voulez quitter la charmante douceur, Et de vous marier vous osez faire fête ?/, il est parti ailleurs. Et si ce voyage commence porte Saint Martin, entre 2019 et 1672, il fait étape en 2010 dans « Perdons-nous connaissance ? » Ou plutôt perdons-nous le sens de la connaissance ? C’est la question que nous pose Lionel Naccache en nous interrogeant sur le principe même de la connaissance. Une définition plus loin, la question est reposée et dans la salle les regards s’embrument. Le temps est à l’introspection, on imagine chaque personne de l’auditoire revenir sur sa propre vie en s’interrogeant sur la dernière fois où elle est tombée face à la connaissance. Car si le danger est la connaissance, qu’est-ce que vraiment la connaissance ?

Nos sociétés post-industrielles affirment depuis plus de vingt ans être des sociétés de connaissance mais elles semblent être passé à côté du sens. Quand information et connaissance s’emmêlent alors le voyage doit se poursuivre au temps de Socrate et de Platon.

« Nous sommes tous des Glaucon »

Ou plutôt nous le sommes de moins en moins par les temps qui courent. Car l’époque de l’allégorie de la caverne et de ce type de connaissance semble avoir bel et bien disparu. Mais le discours de Socrate à Glaucon résonne encore et l’allégorie de la caverne demeure intemporelle. Si la société actuelle était une caverne nos chaines seraient nos convictions, a priori et préjugés, et l’espace de visibilité au dehors symboliserait les médias et autres sources d’informations aujourd’hui prolixes. Quand sortons-nous de cette caverne ? Quand nous prenons le risque de modifier nos comportements et façons de penser. Quand nous ressentons le danger d’expliquer à nos compatriotes une autre réalité.

X, XY, X’

Ce code n’est pas un système temporel nous permettant de passer de la génération X à Y mais bien une façon de mieux comprendre la différence entre connaissance et information et de percevoir la lueur à la sortie de la caverne. Chacun de nous a un système X qui définit sa subjectivité, ses interprétations, ses croyances. Quand notre système X rentre en collision avec une information Y ce X va se transformer et devenir un X’. Mais cela demande que notre système X souhaite se remettre en question et se voir bouleverser, modifier en son essence même. Si ce n’est pas le cas les Y auront beau s’accumuler notre système X demeurerait inchangé. Nous pourrions donc résumer une société de connaissance en X’’’’ alors qu’une société d’informations se contenterait d’un XYYYY. Notre société ayant perdu conscience que c’est le prime qui prime et non le Y…

Retour Porte Saint Martin

Nous revoilà ainsi porte Saint Martin avec de nouvelles connaissances nous incitant à nous interroger sur la sexualité. Si ce voyage amené par le conférencier s’est passé comme souhaité, nous devrions nous poser beaucoup de questions: et si ce qui est vrai pour la connaissance l’était aussi pour la sexualité ? Si le X est cette fois un corps sexué qui rentre en collision avec un Y, autre corps sexué, cela le rendra-t-il forcément prime ? Agissons-nous dans la société actuelle comme des X’’’ ou comme des XYYY ? Si la sexualité peut être perçue comme deux X qui se rencontrent et deviennent X’X’, que penser des X’XY ou des XYXY ? Seulement du sexe ? Y a-t-il un mot qui différencie X’ et XY dans le domaine de la sexualité comme « information » le fait avec « connaissance » ? Les addictions sexuelles sont-elles nées de cette incapacité à accéder à une connaissance sexuelle par l’accumulation d’informations sexualisées ?

Toutes ces questions nous obligent à revoir aussi le mouvement « me too » d’un nouvel œil. Et si tout était dans le mot ? Et si le jeu des corps avait besoin d’un nouveau « je » ? Apparait alors la nécessité de réintroduire la subjectivité dans la sexualité et d’apprendre comment connaitre l’autre à travers le sexe et non dans la surconsommation de ce dernier.

Auriane Gros,
Nice